Il soigne des malades, partage des savoirs et contribue aux réformes des institutions. Professeur Foumsou Lhagadand est un médecin gynécologue obstétricien, enseignant-chercheur, et doyen réformateur de la Faculté des Sciences humaines et de la santé de l’Université de N’Djaména. De son village natal Koumi-Hidik à la reconnaissance continentale, voici le portrait d’un gynécologue de renom, discret, dont l’œuvre dépasse les murs des hôpitaux et des amphithéâtres.
Né le 10 octobre 1971 à Koumi-Hidik dans la sous-préfecture de Rigaza à 40 kilomètres au nord-ouest de Bongor, Professeur Foumsou Lhagadand incarne une génération de médecins tchadiens au parcours inspirant, forgé dans la rigueur, la foi et la résilience. Originaire d’un environnement modeste, il débute son parcours scolaire à l’école officielle de Koumi-Hidik, puis poursuit ses études secondaires au Collège et au lycée Jacques Moudeina de Bongor, où il décroche un baccalauréat série D.
De la médecine générale à la spécialité en gynécologie obstétrique
En 1994, il intègre la Faculté des Sciences de la Santé de N’Djaména et en sort médecin généraliste en 2002. Major de la 3ᵉ promotion, il obtient une bourse pour poursuivre ses études, initialement prévue en cardiologie. Mais son affectation dans un service de maternité va tout bouleverser : c’est là qu’il découvre sa vocation pour la gynécologie et l’embrasse à bras ouverts.
En 2004, il réussit le concours d’entrée à la Faculté de médecine et des sciences biomédicales de Yaoundé (Cameroun), où il se spécialise en gynécologie obstétrique, diplômé en 2008. De retour au Tchad, il intègre l’enseignement supérieur en 2010 comme assistant, puis gravit les échelons : maître-assistant en 2016, agrégé en 2018, et enfin professeur titulaire en 2022. Un parcours académique d’une rare constance, symbole de sa détermination.
Le gynécologue engagé et le pédagogue rigoureux
En tant que gynécologue, le Pr Foumsou exerce au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de la Mère et de l’Enfant de N’Djaména après un passage au CHU de référence nationale. Très vite, il s’impose comme un référent en introduisant des protocoles cliniques normalisés, inspirés des standards internationaux, et en développant des outils adaptés au contexte local comme le partogramme révisé avec l’appui de l’OMS.
Son expertise le mène à occuper des fonctions continentales : il est vice-président de la Société Africaine de Gynécologie Obstétrique, membre actif de la Société africaine de fertilité et point focal du « Compte à rebours » pour les Objectifs de Développement Durable (ODD) dans le domaine de la santé maternelle.
Parallèlement, il joue un rôle crucial dans la formation des médecins généralistes, sages-femmes, étudiants, et encadre des thèses. Il intervient également dans d’autres facultés africaines à travers des missions d’enseignement et de jury de thèse.
Doyen réformateur et visionnaire de l’Université de N’Djaména
Nommé doyen de la Faculté des Sciences humaines et de la Santé, il s’attelle à résoudre une crise académique marquée par l’accumulation de promotions bloquées en fin de cursus. Sa solution : le système de « 3/3 », une stratégie audacieuse où, tous les 3 mois, une promotion soutient sa thèse. Résultat : plus de 516 thèses soutenues en trois mois, faisant passer la faculté de 400 à 900 médecins formés.
Son mandat est aussi marqué par :
- L’introduction effective du système LMD (Licence-Master-Doctorat),
- La digitalisation de la faculté avec l’installation de Wifi sécurisé,
- La multiplication des filières spécialisées (urologie, néphrologie, gastro-entérologie, anesthésie-réanimation),
- Et l’ouverture à des partenariats internationaux, notamment avec l’Université de Yale (USA).
Cette action de grande ampleur lui vaut le titre de meilleur doyen d’Afrique subsaharienne pour l’année académique 2022-2023.
Chercheur et praticien au service de la santé des femmes
Sur le plan scientifique, le Professeur Foumsou pilote ou participe à plusieurs études multicentriques africaines :
- L’hémorragie post-partum et ses nouvelles approches,
- Le dépistage visuel du cancer du col de l’utérus,
- L’efficacité de la classification de Robson dans les césariennes,
- La santé des adolescents, la nutrition maternelle, la vaccination et la mortalité maternelle dans le cadre du « Countdown to 2030 », où il est le point focal pour le Tchad.
Il milite également pour l’amélioration de la santé des adolescents et de la nutrition maternelle, ainsi que pour une meilleure prise en charge des couples infertiles.
Une vie entre passions professionnelles et responsabilités familiales

Marié et père de cinq enfants, Professeur Foumsou incarne une rare capacité à conjuguer les responsabilités de médecin praticien, enseignant-chercheur, gestionnaire d’une faculté et chef de famille. “ Chaque semaine est planifiée : des heures pour l’hôpital, la faculté, mon cabinet, et bien sûr, du temps pour ma famille”, souligne-t-il.
Derrière cette figure de scientifique, se cache un homme humble, profondément humain. Il refuse les éloges personnels et préfère que ses patients témoignent par leurs sourires. À la question du nombre de couples infertiles qu’il a aidés à avoir des enfants, il répond simplement : “Le vrai diplôme, c’est le patient qui le donne. Je ne parle jamais de moi. Je préfère que les autres le fassent. » Ces mots d’une humilité rare résument parfaitement l’homme derrière la blouse blanche. S’il est un parcours qui mérite d’être raconté, célébré et transmis, c’est bien celui du Professeur Foumsou Lhagadand, figure emblématique de la médecine tchadienne, mais aussi mentor, bâtisseur d’institutions, et homme de foi au service des plus vulnérables.
Minnamou Djobsou Ezéchiel
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