Ce 30 janvier, le monde entier célèbre la Journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées (MTN), une occasion majeure de rappeler que des millions de personnes continuent de souffrir de maladies évitables et traitables, encore largement ignorées des priorités sanitaires surtout en Afrique.
Les maladies tropicales négligées (MTN) constituent l’un des paradoxes les plus frappants de la santé mondiale. Bien que largement évitables, traitables et souvent visibles, elles continuent d’affecter de manière disproportionnée les populations les plus pauvres et marginalisées. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 1,5 milliard de personnes dans le monde vivent avec au moins une MTN, dont une majorité en Afrique subsaharienne.
Ces maladies prospèrent dans des contextes marqués par la pauvreté, l’insécurité alimentaire, le manque d’accès à l’eau potable, à l’hygiène et aux services de santé de base. Elles entraînent non seulement des souffrances physiques, mais aussi des conséquences sociales durables, notamment la stigmatisation, le décrochage scolaire et la perte de moyens de subsistance.
Les maladies tropicales négligées les plus répandues
Les MTN regroupent un ensemble de maladies infectieuses et parasitaires parmi lesquelles figurent notamment :

- le trachome, première cause infectieuse de cécité évitable dans le monde ;
- la schistosomiase (bilharziose), liée à l’exposition à des eaux contaminées ;
- les géohelminthiases (vers intestinaux), très fréquentes chez les enfants ;
- la filariose lymphatique, responsable d’handicaps chroniques et de stigmatisation ;
- l’onchocercose ou cécité des rivières ;
- la leishmaniose ;
- la maladie du sommeil ;
- la lèpre, encore présente malgré les progrès enregistrés ;
- et plus récemment reconnue, le noma.
Un lourd fardeau sanitaire au Tchad
Au Tchad, plusieurs de ces maladies restent endémiques, en particulier dans les zones rurales et enclavées. Selon les données de l’OMS, de l’UNICEF et du Ministère tchadien de la Santé publique, le pays est confronté à une forte prévalence du trachome, de la bilharziose, des vers intestinaux, de la filariose lymphatique et de la lèpre, tandis que le noma demeure sous-déclaré mais persistant dans les communautés les plus vulnérables.
Ces maladies affectent principalement les enfants, les femmes et les populations vivant dans des conditions de grande précarité, compromettant leur santé, leur éducation et leur avenir socio-économique.
Le noma, une maladie désormais reconnue
Longtemps absente des priorités sanitaires internationales, le noma a été officiellement reconnu comme maladie tropicale négligée en décembre 2023 par l’OMS. Cette maladie buccale fulgurante touche principalement les enfants âgés de 2 à 6 ans, en contexte de malnutrition sévère et d’accès limité aux soins.
Sans prise en charge précoce, le noma peut détruire rapidement les tissus et les os du visage, entraînant des défigurations sévères, des troubles de l’alimentation et de la parole, et une forte exclusion sociale. Pourtant, un dépistage précoce et des soins simples permettent d’éviter ces conséquences dramatiques.

Sensibiliser, prévenir et agir
La lutte contre les maladies tropicales négligées repose sur une approche intégrée, combinant prévention, dépistage, traitement, amélioration de l’hygiène, de la nutrition et de l’accès aux soins de santé primaires. Elle nécessite également un engagement accru des gouvernements, des partenaires techniques et financiers, des organisations humanitaires et des médias.
En cette Journée mondiale de lutte contre les maladies tropicales négligées, il est essentiel de rappeler que ces maladies ne sont pas une fatalité. Mettre en lumière des pathologies comme le trachome, la bilharziose, la lèpre ou le noma, c’est contribuer à briser le silence, réduire la stigmatisation et renforcer les actions pour qu’aucune communauté ne continue de souffrir de maladies évitables et traitables.
Minnamou Djobsou Ezéchiel
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