L’Unité de Coordination du Projet de Renforcement de la Performance du Système de Santé (PRPSS) a présenté le bilan de la mise en oeuvre dudit projet, ce jeudi lors d’une Journée Portes Ouvertes à N’Djaména, devant le gouvernement, la Banque mondiale et les partenaires techniques et financiers.
Le taux d’accouchements assistés par du personnel qualifié est passé de 66 % à 86 %. Les consultations prénatales complètes ont bondi de 41 % à 57 %. Derrière ces chiffres, des centaines de milliers de femmes tchadiennes qui ont accouché dans de meilleures conditions, parfois pour la première fois dans une structure réhabilitée, face à une sage-femme recrutée dans leur propre communauté. C’est ce que l’on retient globalement des résultats du projet.
Cinq ans, 406 millions de dollars, 12 provinces
Lancé en 2021 dans la continuité d’une expérience pilote menée entre 2017 et 2019 sur 5 provinces, le PRPSS a étendu le Financement Basé sur la Performance (FBP) à 12 provinces du Tchad, pour une enveloppe totale de 406,5 millions de dollars américains mobilisés par la Banque mondiale. Le projet qui clôture le 31 décembre 2026 couvre aujourd’hui 109 districts sanitaires et 1 446 formations sanitaires : 72 hôpitaux et 1 374 centres de santé, soit 52 % du territoire national.
Le périmètre est considérable. Mais ce sont les indicateurs de résultats qui retiennent l’attention.
Selon l’allocution du Représentant Résident de la Banque mondiale au Tchad, Farouk Mollah Banna, tous les indicateurs désagrégés du projet ont « largement dépassé leurs cibles attendues ». Le nombre d’enfants vaccinés affiche un dépassement de 246,4 % par rapport aux objectifs fixés. Les services de nutrition aux femmes et enfants : +1 010,2 %. Les accouchements assistés par du personnel qualifié : +357,5 %. Les femmes ayant reçu des services essentiels de santé, de nutrition et de population : +604,0 %.
Au total, 11,3 millions de bénéficiaires ont accédé aux services essentiels de santé et de nutrition dans le cadre du PRPSS.
Le FBP : payer les résultats, pas les structure
La mécanique qui sous-tend ces résultats est le Financement Basé sur la Performance. Le principe est direct : les formations sanitaires sont rémunérées en fonction des services qu’elles ont réellement délivrés et de la qualité de ces services plutôt que de recevoir des dotations fixes indépendantes de leur activité.
« Le FBP a responsabilisé les acteurs locaux », a déclaré le Ministre de la Santé Publique et de la Prévention, Dr Abdelmadjid Abderahim, lors de la cérémonie d’ouverture. « Les formations sanitaires ont appris à gérer leurs ressources, à planifier et à innover. »
Concrètement, certains centres ont utilisé leurs subsides pour recruter du personnel local, approvisionner en médicaments des structures qui en manquaient chroniquement, ou rénover des maternités vétustes. Plus de 2 000 agents de santé ont été recrutés localement dans le cadre du projet, et des équipements médico-techniques ont été livrés à 88 hôpitaux de district.
L’approche a également intégré les entités de régulation comme acteurs à part entière du FBP un glissement notable par rapport au pilote initial, qui ciblait uniquement les prestataires de soins.
L’OMS ausculte le système de l’intérieur
La Journée Portes Ouvertes a également servi de cadre à la dissémination des résultats d’une évaluation indépendante des formations sanitaires tchadiennes réalisée par l’Organisation mondiale de la Santé. Cette évaluation, centrée sur la disponibilité des services, les capacités opérationnelles et la qualité des soins, offre ce que le Ministre a qualifié de « photographie précise » de l’état du système de santé dans les zones couvertes.
Les résultats de cette expertise externe viennent confirmer les progrès enregistrés par le PRPSS, mais signalent également des fragilités persistantes. Les détails de l’évaluation OMS n’ont pas été rendus publics dans leur intégralité à l’issue de la journée.
La question qui reste ouverte : et après ?
Le projet s’achève dans six mois. La question de la pérennité des acquis est posée sans détour.
« Le PRPSS touche à sa fin, mais ses acquis doivent être préservés, consolidés et dupliqués », a affirmé le Dr Abderahim. Le gouvernement tchadien a mis en place une Cellule Technique Nationale-FBP, dotée d’un personnel issu du Ministère de la Santé Publique, et adopté un manuel de procédures dédié deux jalons d’institutionnalisation qui visent à ancrer le mécanisme au-delà du financement extérieur.
Des discussions sont engagées avec la Banque mondiale, le Global Financing Facility et d’autres partenaires pour préparer la suite. Mais l’enjeu reste entier : le Tchad, dont 23 provinces ne sont couvertes qu’à 52 % par le FBP, devra démontrer sa capacité à financer et gérer ce mécanisme sans la perfusion du bailleur international. Le vrai test commence en janvier 2027.
Minnamou Djobsou Ezéchiel
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