Riposte au VIH/SIDA au Tchad : transformer la crise en levier d’action collective

Riposte au VIH/SIDA au Tchad : transformer la crise en levier d’action collective

Dans un contexte marqué par la baisse des financements internationaux, le Secrétariat exécutif national du Conseil national de lutte contre le sida (SEN-CNLS) et l’ONUSIDA ont réuni les médias autour d’un café de presse à N’Djamena. Une rencontre stratégique visant à renforcer la mobilisation et à repenser la riposte nationale face au VIH/SIDA.

Le ministère de la Santé publique et de la Prévention (MSPP) a abrité un café de presse conjointement organisé par le SEN-CNLS et l’ONUSIDA. Placée sous le thème « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida », cette initiative a pour ambition de sensibiliser sur les conséquences de la crise de financement, tout en encourageant des réponses innovantes, inclusives et durables dans la lutte contre le VIH.

Les échanges ont permis de dresser un état des lieux de la riposte au VIH au Tchad, mettant en lumière les progrès réalisés, mais aussi les défis persistants. La présentation du rapport ONUSIDA 2025 a offert un éclairage précis sur les enjeux actuels, tout en introduisant le plan stratégique mondial 2026-2031, aligné sur les Objectifs de développement durable et conçu pour accélérer l’éradication du VIH/SIDA.

Intervenant à cette occasion, la Directrice pays de l’ONUSIDA, Dr Françoise Ndayishimiye, a souligné que « cette rencontre avec les médias vise avant tout à consolider les acquis ». Elle a rappelé que l’éradication du VIH/SIDA figure parmi les Objectifs de développement durable et que l’implication des médias est essentielle pour informer, sensibiliser et susciter l’engagement des décideurs.

Selon Dr Françoise Ndayishimiye, le rôle des médias est multiple : vulgariser les objectifs du nouveau plan stratégique mondial 2026-2031, accompagner les efforts des programmes gouvernementaux, mener des plaidoyers auprès des décideurs et faire connaître la Loi 19. Ces actions contribuent, a-t-elle insisté, à réduire la stigmatisation sociale et à promouvoir des solutions inclusives et durables.

Prenant la parole, le Secrétaire exécutif national du CNLS, Dr Abbas Moustapha, a rappelé que « la Journée mondiale de lutte contre le sida (qui s’inscrit dans les 16 jours d’activisme) ne se limite pas à un symbole. Elle évoque le combat mené, les vies sauvées et les progrès accomplis, tout en rappelant les menaces persistantes ». Il a également mis en évidence l’impact des réductions de financements internationaux, soulignant que l’aide extérieure représente près de 80 % des ressources consacrées à la lutte contre le VIH, les hépatites et les infections sexuellement transmissibles.

Dans son rapport, l’ONUSIDA a montré que la lutte contre le VIH/SIDA a permis de réduire la maladie de 56 % à l’échelle mondiale et de 52 % au Tchad. En appelant tous les Tchadiens à s’impliquer efficacement dans cette lutte, l’ONUSIDA fait des projections et estime que, si les financements internationaux se tarissent et que la riposte perd en intensité, 6 000 000 de nouvelles infections pourraient survenir et entraîner 4 000 000 de décès.

Au Tchad, selon le CNLS, 120 000 Tchadiens vivaient avec le VIH/SIDA en 2024 (dont 69 000 femmes et 11 000 enfants), avec 350 000 décès enregistrés. La riposte a permis une réduction de 46 % des décès entre 2005 et 2010, puis de 60 % entre 2010 et 2024. En 2024, parmi les 71 % de personnes dépistées séropositives prenant des antirétroviraux (ARV), 51 % parviennent à supprimer leur charge virale.

Pour les participants, il est nécessaire d’impliquer davantage les leaders religieux et les jeunes afin de relever les défis linguistiques et communautaires, qui constituent encore une barrière entre les Tchadiens. Pour atteindre les objectifs 95-95-95, il est indispensable de renforcer le leadership communautaire et politique, les partenariats multisectoriels et, surtout, les décisions politiques, qui demeurent primordiales dans la lutte contre le VIH/SIDA.

Malgré ces contraintes, les acteurs de la riposte se veulent résolument tournés vers l’avenir. L’objectif ne se limite plus au VIH/SIDA, mais s’inscrit dans une vision de triple élimination incluant les hépatites et la syphilis. Accélérer l’équité, renforcer la durabilité des interventions et positionner durablement le Tchad vers ses cibles sanitaires constituent désormais les piliers d’une mobilisation nationale renouvelée. Les médias, quant à eux, sont appelés à informer sur la disponibilité et la gratuité des ARV.

Toïdé Samson

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