Un mois après le foyer de Karal, qui avait fait 167 cas dans le Hadjer-Lamis, le ministère de la Santé publique et de la Prévention a confirmé, le 24 juillet 2026, la présence du choléra à N’Djaména. Entre centres de santé sous pression et quartiers gagnés par l’inquiétude, Tchad Santé a recueilli la parole de ceux qui vivent l’alerte au plus près.
L’annonce est tombée par circulaire ministérielle : le choléra circule désormais dans la capitale tchadienne. Cette confirmation est l’aboutissement d’une surveillance épidémiologique renforcée depuis le 13 juin, date de l’apparition des premiers cas dans le district sanitaire de Karal, province du Hadjer-Lamis, où plus de 160 personnes avaient été touchées en quelques semaines. La riposte y avait permis de briser la chaîne de transmission, mais la menace n’avait jamais disparu : les mouvements de populations et les échanges permanents avec des pays voisins encore affectés ont entretenu un risque latent.
Des signaux précoces dans les centres de santé
Dans plusieurs formations sanitaires de N’Djaména, les premiers signes n’ont pas tardé. « Les diarrhées aqueuses et les vomissements se sont multipliés en peu de temps. Au départ, certains pensaient à une simple intoxication alimentaire. Les analyses ont malheureusement révélé une tout autre réalité », rapporte un responsable de centre de santé.

À Habbena, où aucun cas n’est encore enregistré, la vigilance est de mise. « Nous savons que le choléra profite surtout des insuffisances en matière d’assainissement », confie un agent de santé. Accès inégal à l’eau potable, gestion défaillante des déchets domestiques, insalubrité de certains quartiers : autant de facteurs connus de longue date qui offrent au vibrion cholérique un terrain favorable et que plusieurs soignants dénoncent comme les causes récurrentes des mêmes tragédies.
À Gassi, les équipes médicales pointent un autre facteur de risque : le retard de consultation. « Beaucoup de personnes tardent à consulter parce qu’elles banalisent les premiers symptômes », regrette un infirmier. Une attitude qui favorise la circulation silencieuse de la maladie au sein des familles, alors que chaque heure compte : sans prise en charge, le choléra peut tuer en moins de vingt-quatre heures.
Des structures sous pression, des familles dans l’angoisse
Au-delà des chiffres, l’épidémie bouleverse des existences. Dans les salles de consultation, les malades arrivent souvent en état de déshydratation avancée. « Certains patients arrivent épuisés après avoir perdu une quantité importante de liquides. Sans une prise en charge rapide, l’évolution peut être dramatique », explique un infirmier de l’hôpital Union, qui dit vivre difficilement les décès qu’une consultation précoce aurait pu éviter.
Dans les quartiers populaires, la peur s’installe. « Dès qu’un enfant souffre de diarrhée aujourd’hui, tout le voisinage pense immédiatement au choléra. Nous vivons dans l’angoisse permanente », témoigne une mère de famille d’Atrone.
Les structures sanitaires encaissent le choc. À N’Djari comme à Diguel, les responsables décrivent une pression croissante : les services d’urgence doivent à la fois gérer les cas suspects, assurer leur isolement et maintenir les consultations ordinaires. Dans le même temps, les besoins en solutions de réhydratation orale, en équipements de protection et en produits de désinfection augmentent fortement et mettent les stocks à rude épreuve. À l’échelle de la ville, les rassemblements deviennent source d’inquiétude et les communautés vivent au rythme des bulletins sanitaires.
Une riposte qui mise sur la prévention
Face à la menace, les autorités sanitaires ont opté pour l’anticipation : surveillance épidémiologique renforcée, sensibilisation des populations, contrôle dans les formations sanitaires et suivi communautaire. « Nous avons reçu des consignes très précises. Chaque cas suspect doit être signalé immédiatement afin de casser rapidement la chaîne de transmission », indiquent les responsables sanitaires de Walia et de Moursal.
Sur le terrain, les soignants multiplient les actions de proximité. À Atrone, des équipes sillonnent les concessions pour rappeler les gestes essentiels : lavage régulier des mains, consommation d’eau potable, cuisson complète des aliments et recours immédiat aux centres de santé dès les premiers symptômes. « Le meilleur médicament reste encore la prévention », résume une infirmière.
La population semble prendre la mesure de l’enjeu. « Nous avons compris que cette maladie ne choisit ni les riches ni les pauvres. Si chacun respecte les règles d’hygiène, nous avons une chance de protéger nos familles », confie un commerçant d’Amtoukouï, devant son échoppe.
Le combat contre le choléra dépasse la seule réponse médicale. Il interpelle les pouvoirs publics sur l’accès durable à l’eau potable, l’assainissement urbain et l’éducation sanitaire, et rappelle que la santé publique demeure une responsabilité collective. L’alerte du ministère n’est pas une formalité administrative : c’est un appel à la mobilisation générale. Face au choléra, la vigilance n’est plus une option.
Toïdé Samson
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